SOURCE: La Libre Belgique

Philippines

Gloria Arroyo en opération séduction
Philippe Paquet

Mis en ligne le 14/09/2006

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La Présidente a projeté, à Bruxelles, une image plus positive de son pays. Elle a notamment insisté sur sa volonté d'enrayer une série d'assassinats politiques.

Les Philippines ont un problème d'image. Dans une Asie orientale en plein boom économique, l'archipel apparaît toujours incapable de décoller. Vingt ans après la chute du dictateur Ferdinand Marcos, la démocratie a, certes, fait des progrès, mais les assassinats politiques jettent plus qu'une ombre sur le chemin parcouru. La prise d'otages de Jolo, au printemps 2000, est oubliée, mais l'insécurité demeure dans le sud du pays et les négociations avec les séparatistes musulmans sont au point mort. Celles avec la guérilla communiste - 7.500 maquisards à peine, selon les chiffres officiels, mais des accrochages quotidiens avec l'armée - sont plus hypothétiques encore.

C'est cette vision de son pays que la présidente des Philippines, Gloria Macapagal Arroyo, est venue battre en brèche. Après le sommet de l'Asem à Helsinki et avant une étape à Londres, elle était mardi et mercredi à Bruxelles. A l'invitation des présidents de la Chambre et du Sénat d'abord, devant les membres de l'Institut royal des relations internationales (IRRI) ensuite, elle a dressé un tableau résolument optimiste de la situation dans l'archipel, soulignant en particulier des performances économiques qui devraient encourager les investissements étrangers.

Mme Arroyo parle d'expérience. Son père, Diosdado Macapagal, fut lui-même vice-président, puis président des Philippines (de 1957 à 1965). Elle a servi dans le cabinet de Cory Aquino, avant d'être élue au Sénat. Si elle a été portée au pouvoir à la faveur du scandale qui emporta son fantasque prédécesseur, l'ex-acteur Joseph Estrada, cette économiste de formation, diplômée de l'université Georgetown à Washington, n'est pas en politique par hasard.

Journalistes et syndicalistes

N'en demeure pas moins que, depuis son arrivée au palais présidentiel de Malacanang en 2001, une centaine au moins d'opposants à son gouvernement ont été éliminés: des journalistes, des syndicalistes et, plus généralement, des militants de gauche, que la police et l'armée sont suspectées d'avoir assassinés. L'ONG philippine Karapatan parle, quant à elle, de 700 victimes au moins.

A Bruxelles, Gloria Arroyo a condamné "dans les termes les plus forts" des crimes qui relèvent d'une "triste tradition" dans le pays. Elle s'est déclarée déterminée "à y mettre fin une fois pour toutes" et a rappelé la création, en août, d'une commission d'enquête indépendante confiée à un homme "au-dessus de tout soupçon", José Melo, juge de la Cour suprême à la retraite. "Je l'ai prié de suivre toutes les pistes, où qu'elles puissent mener", a-t-elle insisté, en invitant la Belgique, comme d'autres pays, à envoyer des observateurs sur place.

La démarche a été saluée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a par ailleurs annoncé la poursuite du financement du processus de paix mené avec le Front moro islamique de libération (25 millions d'euros en 2006-2007). Mme Arroyo était le premier chef d'Etat philippin à être reçu à la Commission.

Un accord de partenariat et de coopération est en cours de négociation et la Présidente a exprimé le souhait que les Philippines deviennent davantage qu'un simple partenaire économique, tant avec l'UE qu'avec la Belgique au demeurant. Le moment est tout trouvé: on commémorera, l'an prochain, le centième anniversaire de l'arrivée des premiers missionnaires belges dans le plus grand pays catholique d'Asie.

© La Libre Belgique 2006

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