COLLOQUIUM
"Islam, Society, Modernity"
Brussels, 7-8 Oct. 2004
The Principles
of Compatibility of
Islam and Modernity
Presented to:
International Symposium of
"Islam, Society, Modernity"
Interdisciplinary Center for the Study of Religion and
Laicity;
The Free University of Brussels, Belgium
Dr. Mohsen Kädivar,
Department of Philosophy
Faculty of Humanities
Thrbiat Modarres University, Téhéran, IRAN
In the name of God
Traduction texte de monsieur Dr. M. Kadivar
" La modernité constitue le cadre dominant de notre époque. Elle a ainsi influencé d’une manière ou de l’autre toutes les cultures et sous-cultures. Certes, dans un certain sens la modernité englobe les plus grands acquis de l’humanité et les changements qui en découlent couvrent tous les aspects de la vie des sociétés humaines, elle constitue un tournant dans les vies individuelles et collectives. Mais cela ne devrait pas signifier que nous en fassions un idéal absolu ou une vertu dominante, ni un critère de jugement de tous les phénomènes humains.
Donc, tout en rendant hommage à toutes ses conséquences heureuses, nous ne devrions pas en négliger ni les points faibles ni les critiques. On pourrait tout au plus la considérer comme Habermas, comme un projet inachevé, un chemin à parcourir et non un but à atteindre.
La modernisation est un processus évolutif et sa réalisation est fonction de la maturité de la société et des conditions économiques, culturelles, politiques et sociales de chaque société. Il n’est pas indispensable que ce processus soit uniforme partout, ni que toutes les sociétés doivent atteindre l’état actuel des pays d’Europe ou d’Amérique. Chaque société a le droit de parcourir son chemin spécifique vers la modernité et, surtout, parvenir au stade auquel elle croit.
Ainsi, je dois préciser dès le début de mon propos que l’Islam n’a pas à s’adapter comme variable à la modernité comme invariant. L’islam n’a pas à changer en fonction de la modernité, il n’a pas à adapter ses préceptes à la modernité, ni à accepter tous ses critères, ni en faire un critère de ses propres valeurs.
La modernité n’a pas non plus à s’adapter comme variable à l’Islam, repère fixe, et construire ainsi une " modernité islamique ". Tout ce qui est contraire à l’Islam dans la modernité n’est pas nécessairement à récuser.
L’islam n’a pas à se dissoudre dans la modernité. La modernité n’a pas à se dissoudre dans l’Islam.
Dès lors, comment peut-on " harmoniser " l’Islam et la modernité ? Ce que je vais essayer de démontrer dans cet article est la possibilité d’harmoniser une certaine lecture de l’Islam avec une certaine lecture de la modernité. Autrement dit, comment parvenir à construire une société dont les membres aient foi en l’Islam, qu’ils pensent et agissent en conformité avec l’Islam tout en mettant en oeuvre certains critères de la modernité.
Je veux dire qu’on pourrait trouver un compromis entre l’Islam et la modernité si la gestion des affaires de la société se fait dans le respect de la sagesse collective et dans la liberté et le respect des droits individuels de chacun.
Je ne veux pas dire que toute lecture de l’Islam est harmonisable avec toute lecture de la modernité et qu’il n’y a pas de contradictions entre les deux. Bien au contraire : Il y a à présent des lectures de l’Islam fondamentalement contraires à la modernité.
Celui qui traite de la conformité de l’islam et de la modernité, accepte d’entamer une discussion critique avec les adeptes des deux. Et même avec les auteurs postmodernes. En outre l’objectif de cet article est d’étudier et d’évaluer l’islam historique sans tenir compte des principaux messages de l’islam.
Je dois dire que l’islam est une des trois grandes religions d’Abraham. Il est aussi la dernière. Il est, aujourd’hui tellement imprégné des traditions, habitudes et coutumes de ses adeptes qu’il est difficile de distinguer ses messages fondamentaux de sa pratique.
Dans l’islam historique le texte du Livre sacré, le Coran, l’attitude et le discours du prophète Mahomet (que Dieu ait son âme) et l’attitude des pères fondateurs de la religion et de la communauté de ses hommes de science religieuse est supra-temporel et supra-spatial. Cet ensemble bénéficie d’une sainteté et est non discutable. La réflexion philosophique n’y a pas beaucoup de place. Les limites de la sagesse humaine sont un handicap à la compréhension des commandements divins. Ainsi dans la compréhension de ces commandements, le formalisme domine. Ce qui fait que la compréhension de l’essence même de la religion reste limitée. Ainsi le raisonnement religieux, admis dans toutes les religions, n’a jamais dépassé en Islam le domaine du subsidiaire.
Dans l’" Islam historique " que l’on pourrait également appeler le traditionalisme, l’application des préceptes de la religion constitue le fondement de l’islamicité de la société. Etant donné que dans ces préceptes, les droits des hommes sont également inclus, il n’y aurait donc pas matière à invoquer des textes comme la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dans le domaine public, il n’y a pas de place pour la démocratie puisque le " calife " ou son représentant comprennent mieux l’intérêt des hommes qu’eux-mêmes.
Dans l’islam historique, la liberté de penser et la liberté religieuse ne pourraient exister. Dans le cas où les gouvernants islamiques ou les faqih, jugent opportun pour appliquer la Religion ou en assurer l’expansion, on peut avoir recours à la force. Il n’y a pas lieu de demander l’avis " ou le consentement de quelqu’un pour lui appliquer les commandements de la religion " puisque tous y sont contraints. Se convertir à l’islam ou l’acceptation de vivre dans une société musulmane présuppose d’obtempérer à tous ces commandements. Une fois cette conversion et/ou cette acceptation faites, il n’y a plus lieu de les enfreindre.
Dans cette optique, la société idéale, ou le meilleur des Temps, a été, est, celle de l’époque du Prophète et les musulmans sont tenus de s’adapter au modèle de " l’époque de la prophétie ". Dans la non-conformité de la modernité avec l’époque de la prophétie, la difficulté vient de la modernité, il faudrait donc ou bien en supprimer les phénomènes ou bien y inclure une dimension sacrée. Il n’y aurait pas lieu de recourir à la raison ni à la logique.
Ce que je viens de dire est un condensé de l’islam historique lequel comprend le salafisme, ..........., ............, ..........., jusqu’à la lecture officielle des autres branches de l’islam.
Malgré le nombre impressionnant des partisans de cette vision et la certitude qu’il y a à leur islamité et malgré le respect que je leur témoigne, il me faut dire que cette vision ne me paraît pas conforme à la modernité et ajouter que si on les appliquait dans la société, il n’y aurait plus de place pour la modernisation. Les adeptes de l’islam historique, s’ils ne rencontrent pas de difficultés d’adapter leur vie privée à ces critères, ont de sérieuses difficultés en revanche de les mettre en oeuvre sérieusement dans la société. Ils ont deux issues : fermer les yeux sur leur application, ne pas les appliquer donc, accepter d’ignorer la religion (...............) dans la société, ou recourir à la violence pour les imposer.
Les musulmans traditionalistes ont souvent accepté la première solution, les intégristes recourent à la seconde. Accepter la première solution conduit à se soumettre à la modernité dans la vie sociale, reculer et limiter la conformité aux critères dans la vie privée. Mais cela leur pose problème. Les traditionalistes n’ont aucune justification religieuse convaincante pour opérer cette distinction puisqu’ils ne mettent pas en cause les fondements.
Les intégristes ont encore davantage de difficultés dans leur recours à la violence pour imposer les commandements de l’islam (.........). Ils donnent une image détestable et autoritaire (........) de l’islam, tandis que celle véhiculée par les traditionalistes est un islam faible et impuissant.
Nous voilà arrivés à une autre lecture de l’islam afin d’aborder ses rapports avec la modernité. Cette lecture progressiste est le fruit des études d’un certain nombre d’intellectuels musulmans connus dans les pays d’islam comme " intellectuels religieux ". Ils tentent, dans leurs écrits, de parvenir à un compromis entre l’islam et la modernité. Ils opèrent une coexistence entre la rationalité et la foi, entre droits de l’homme et devoirs envers Dieu, entre libertés individuelles et justice sociale, entre individu collectif et morale religieuse, entre la raison humaine et le commandement divin. Les intellectuels religieux ont accepté et le message islamique et l’essence de la modernité. Voici leurs principes :
Premier principe
En la comparaison avec l’islam officiel qui est formaliste, l’islam intellectuel est orienté vers l’objectif à atteindre. Il suggère que l’ensemble des commandements, rites et obligations religieux est au service d’un objectif, un but, un idéal supérieur à atteindre que l’on peut qualifier d’une manière très générale l’épanouissement de l’homme lequel consiste dans un rapprochement avec Dieu. Les rites, devoirs et gestes ne sont que des détails par rapport à ce but suprême. La religion n’est qu’une prise de direction vers l’émancipation de l’homme et son perfectionnement. Ces faits et rites n’ont de sens, ne pourraient se concrétiser que lorsque cette direction est prise. Les rites et préceptes ne sont qu’une apparence par rapport à l’essence. L’essence est indépendante du temps et de l’espace, l’apparence pourrait varier selon les circonstances.
Il serait donc naturel que certains commandements religieux qui étaient déterminants à l’époque de la prophétie ou au cours des siècles qui ont été suivi pour atteindre le but suprême, l’idéal, ne le soient plus aujourd’hui. Et ne le seraient plus dans l’avenir. Ils deviennent donc relatifs, temporels et provisoires.
Ce type de préceptes temporels et relatifs (au temps et à l’espace) on pourrait en trouver non seulement chez les grands doctes, mais même parmi les commandements du Prophète (paix soit sur son âme). Autrement dit, tous les commandements du Prophète ne sont pas permanents. Le Prophète a également émis des commandements dans le cadre de son époque et de l’espace dans lesquels il vit. Il faudrait donc les suivre non à la lettre mais dans leur esprit.
Dans cette vision même le livre saint – le Coran – contient des commandements permanents, universels, intemporels et indépendants de l’espace. Mais il n’en est pas de même de tous les commandements inscrits dans le saint Coran. Le Prophète et le Coran ne pouvaient rester indifférents aux problèmes qui se posaient dans leur époque. Rien n’indique que les commandements les concernant soient susceptibles de généralisation dans d’autres lieux et dans d’autres époques. Il en est ainsi des préceptes sur l’esclavage, sur les sanctions religieuses, certaines formes de djihad, certaines discriminations concernant les femmes ou adeptes d’autres religions. Ce sont des préceptes provisoires.
Autrement dit, le langage est un phénomène historique. Même si le commandement divin et l’inspiration reçue sont exprimés dans le carcan du langage, ce carcan devrait être vu dans un contexte historique. Les intellectuels musulmans croient que les grands juristes et théologiens qui ont interprété les commandements ont souvent pérennisé ce qui n’était que temporel et relatif. La plupart des difficultés qui se posent actuellement aux sociétés musulmanes viennent de ce point.
Deuxième principe
Bien que dans certaines branches de l’islam, la " raison " soit admise et considérée comme une des sources de l’" interprétation ", l’" islam historique " ne l’accepte guère. La " raison ", en dernière analyse, contribue à " découvrir " le " commandement ", rien de plus. Les intellectuels religieux critiquant cette perception ultra restrictive, rejettent l’incapacité proclamée de la raison face aux axes primaires de la religion qui sont Le Livre, la Tradition et l’unanimité des doctes. Ils n’admettent pas que les commandements ne puissent être compris et interprétés à l’aide de la " raison ". Ils ne prétendent pas que le raisonnement puisse tout résoudre, mais pensent que la majorité des commandements sont susceptibles de discussion et d’interprétation raisonnées.
Les commandements divins étaient rationnels lorsqu’ils furent inspirés au Prophète. Ils étaient explicables. L’intermédiaire et le miroir en était le Prophète. Bien de ces commandements étaient destinés à convertir les mécréants, à les convaincre.
Ceux à qui ils étaient destinés, raisonnaient, comprenaient dans le contexte de l’époque, selon leurs critères, leurs traditions. Ces commandements étaient supérieurs aux leurs. Il en devrait être de même aujourd’hui. Ce que prescrit la religion devrait être rationnel, juste, compréhensible, supérieur aux autres directives.
Ce propos veut dire que les directives religieuses d’aujourd’hui devraient être soumises à la critique, à la raison, à la comparaison, à l’évaluation. Les musulmans devraient pouvoir justifier et défendre leurs positions. Ce qui ne pourrait l’être, ne serait considéré comme juste et rationnel devrait être écarté, même si on l’avait considéré comme commandement religieux.
On peut donc annuler un commandement religieux en s’appuyant sur le Livre ou la Tradition, mais aussi par raisonnement. Ce qui signifie que le commandement est provisoire que la fin de son temps est arrivée.
Le Saint Coran a maintes fois insisté sur l’importance de la raison et demandé à ses détracteurs d’apporter des (raisons) preuves logiques à ce qu’ils avancent. Il est donc logique que les autres attendent la même chose des musulmans, s’attendent qu’ils raisonnent pour prouver ce qu’ils disent.
Apporter des preuves raisonnées, c’est admettre la rationalité. Les théologiens traditionnels admettent généralement que dans le domaine de la foi et des croyances religieuses l’" imitation " n’a pas sa place, que le musulman doit être convaincu de ce qu’il admet. Autrement dit, la rationalité des fondements de la croyance est admise. Les rites et traditions n’ont d’autres fondements que l’amour et le dévouement. Dans tous les domaines qui ne touchent pas la foi au sens strict, et relèvent selon le terme de la jurisprudence islamique des " moamélats " (ce qui est contractuel), la rationalité, le recours au raisonnement logique devrait être de règles. Il en va ainsi du droit civil, du droit des affaires, du droit pénal, du droit constitutionnel, des relations internationales. L’islam des intellectuels ne reconnaît aucune contrainte dans ces domaines qui relèvent du raisonnement, de la logique puisqu’ils sont relatifs, provisoires et susceptibles d’être abolis lorsque nécessaire.
Ce n’est certes pas la position de l’islam historique qui fige les dispositions une fois pour toutes et s’oppose en cela à la position de l’islam intellectuel qui requiert un nouveau Droit fondé sur la rationalité de la religion, en somme un nouvel ijtihad (effort d’interprétation).
Il va sans dire que la définition de cette rationalité religieuse et de ses limites ainsi que de son évaluation, devraient être faites loin des discours partisans et nécessitent des recherches techniques et expertes.
Cette rationalité islamique moderne est-elle plus proche de l’islam traditionnel ou de la modernité ?
La justice qui est l’axe des commandements religieux, comment devrait-elle être définie, quelle sera sa place dans la hiérarchie des valeurs ?
Les intellectuels musulmans ont un long et difficile chemin à parcourir et à vrai dire ce n’en est que le début.
Troisième principe
Une des principales différences de l’islam traditionaliste avec celui des intellectuels réside dans le degré et l’étendue de l’ingérence dans la pratique religieuse des autres. Si un membre de la société ne respecte pas les préceptes, les autres ont-ils le droit de l’y contraindre ? Peut-on recourir à la violence en la matière ? Le fondamentalisme islamique l’admet. Le recours à la menace, à la force, à la terreur est accepté. Evidemment, un recours raisonnable et nécessaire à la contrainte ne pose pas de difficulté. Mais même avec un mécréant il faudrait respecter les limites fixées par Dieu.
L’islam intellectuel juge que la société fermée basée sur la contrainte telle que les traditionalistes le souhaitent ne met en place qu’une façade. Le vrai contenu de la foi en sera absent. La foi ne relève pas de la contrainte mais de l’amour. Pourrait-on tomber amoureux par circulaire ? La contrainte n’aboutit qu’à l’hypocrisie. Nous ne pouvons pas imposer par la force à autrui, ce que nous croyons être juste.
Le rapport entre moi et l’autre devrait exclusivement être fondé sur la liberté et le choix. Dans ce domaine, la force et la contrainte ne sont guère permises. " Je " suis libre de choisir et pratiquer ma religion, mon mode de vie, mon chemin. L’ " autre " aussi. Si je juge que le choix de l’" autre " n’est pas convenable, je n’ai pas le droit de lui imposer ce que je juge bon et qu’il juge mauvais. Je ne peux que créer des circonstances pour le convaincre de changer d’opinion. Si je n’y réussis pas, je n’ai aucun droit de le forcer. Il payera le prix de son erreur dans l’autre monde. Nous voulons un " islam convaincant " et non un " islam de contrainte ".
Les intellectuels musulmans pensent que sans le respect de l’individu et de sa liberté, il est vain de parler de l’épanouissement de l’homme. Il est évident que sur cette base, le choix des autres pourrait ne pas plaire. La seule chose qui serait pourrait (serait susceptible de) restreindre ce choix est une législation juste à l’élaboration de laquelle tout un chacun puisse participer librement. C’est-à-dire la démocratie. Par voie de conséquence tout recours à la force, à la violence, à la contrainte au nom de la religion devrait être banni. Le respect de la liberté individuelle doit être à l’abri de toute atteinte. Personne n’a le devoir, ni le droit de s’ingérer dans la vie d’autrui, surtout si cette ingérence est assortie de contrainte, de violence. N’oublions pas non plus que le droit de choisir, n’est pas pour une seule fois. On peut choisir une fois. On peut annuler ce choix et en faire un autre. On peut aussi choisir une partie d’une religion et la pratiquer et pas d’autres. Ce qui ne voudrait pas dire que ce choix est juste, seulement que ce choix est permis.
Quatrième principe
Nous voici amenés à poser une question plus délicate. Les trois points précédents expliquaient les points de différence entre l’islam intellectuel et l’islam historique, ou traditionaliste. Nous acceptons la raison et la rationalité dans la compréhension et la liberté du choix de la religion.
Ce quatrième point nous sépare des intellectuels a–religieux. Au moins trois points nous séparent d’eux : les intellectuels religieux qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs respectent la religion, leur religion, dans le domaine de leur vie privée et de leur comportement. Il croient en Dieu tout puissant, au jour du Jugement dernier, respectent et pratiquent les rites. Les intellectuels religieux sont engagés. Ils appliquent la morale religieuse à leur comportement, à leurs jugements. Ils veulent donner l’exemple. Si dans une société leurs idées, leur comportement et leur méthode de travail rencontrent un accueil favorable, dans un système démocratique ils deviennent des acteurs de la vie publique et les gens les choisissent librement pour mettre en oeuvre les valeurs qu’ils défendent. Par exemple dans une telle société, l’homosexualité, les relations sexuelles extra-conjugales et surtout pré-conjugales, la propagande effrénée pour le sexe et la violence par les médias ; l’interruption volontaire de grossesse seront démocratiquement bannis, une loi démocratique invitera l’éducation nationale a développer l’instruction religieuse dans les écoles élémentaires.
Troisièmement dans une telle société, la définition de la politique générale sera naturellement influencée par les valeurs morales religieuses défendues et promues par les intellectuels religieux. Les vrais religieux oeuvreront à mettre en oeuvre la justice et la solidarité et contribueront à l’épanouissement de l’homme.
La démocratie classique et la doctrine des droits de l’homme n’ont pu satisfaire la place vide de la morale, de la justice et de l’épanouissement humain dans les sociétés mues par les intérêts nationaux. Seule la foi et une morale religieuse pourraient inverser cette priorité.
Si la croissance du produit national brut d’un pays devrait se faire au prix de la paupérisation des autres, quoi d’autres que la religion et la morale religieuse pourraient condamner une telle croissance.
Les intellectuels a-religieux n’ont pas de problèmes en ce qui concerne la conformité de la vie privée aux principes moraux. Mais ils s’opposent fermement à l’application des critères moraux et des valeurs religieuses dans la définition de la politique générale et la législation. Ils avancent que la modernité exige que l’on considère la religion du domaine de la vie privée et qu’il ne faudrait pas permettre qu’elle interfère dans les affaires de la cité.
Ils en concluent donc que la modernité ne pourrait se concevoir en dehors de la sécularisation, c’est-à-dire la séparation du religieux (de religion) et de la politique.
Pour eux la modernité est la sécularisation et aucune religion ne doit influer le domaine public même si la majorité de la population demande que les valeurs religieuses soient appliquées à la conduite des affaires publiques. Ils pensent que, dès lors, les droits des minorités laïques seront bafoués. Donc personne, disent-ils, n’a le droit de mettre en doute ces fondements et l’essence de la modernité qui est la sécularisation.
Les intellectuels religieux répliquent que c’est un droit pour les membres d’une société que de déterminer les grandes lignes et les valeurs déterminantes de la conduite des affaires publiques. Il faudrait seulement reconnaître à la minorité le droit de se transformer en majorité et d’appliquer ainsi leurs idées. Il faudrait également reconnaître et protéger les droits fondamentaux, droit à la vie, à la liberté d’expression, de choisir son destin, d’avoir accès à une justice équitable.
Ainsi, il n'y aura jamais une dictature de la majorité et les minorités seront protégées mais non opprimées.
Il n’y a pas de critères de compromis sur cette différence de conception entre les intellectuels laïcs (a-religieux) et les intellectuels religieux. Chacun a ses arguments que l’autre ne pourrait accepter. Il n’y a qu’une issue possible, la solution démocratique, la loi de la majorité.
Le fait que la majorité souhaite organiser la conduite des affaires publiques en se fondant sur des critères et valeurs religieux, soit contraire à la modernité n’est qu’un tabou moderne, un dogme nullement prouvé.
C’est une corruption de l’esprit que de croire que la modernité et la laïcité vont de pair. Il n’y a aucune rationalité dans cette affirmation. La modernité n’a aucune essence propre. En outre la modernité n’est pas sacrée. Pourquoi avoir mauvaise conscience de la violer ? La modernité et la laïcité ont été de paire dans les sociétés occidentales. Pourquoi les sociétés musulmanes doivent en faire de même ?
Une confrontation critique avec la modernité (au lieu de se dissoudre en elle) nécessite que l’intelligentsia musulmane s’affirme musulmane et moderne. Moderne mais à sa propre manière. L’islam n’est pas une propriété des intégristes. Critiquer les intégristes n’est pas critiquer l’islam, encore moins en sortir. La modernité n’est pas le domaine réservé des intellectuels laïcs. Les critiquer n’est pas critiquer la modernité.
L’islam des intellectuels, malgré les fondamentalistes et les intégristes, malgré les laïcs, est en train de se développer dans toutes les sociétés musulmanes.
On ne peut pas l’ignorer. C’est une réalité. "