This is not an official record of the proceedings and specific remarks are not necessarily attributable.
Summary
M. Alain Grignard, commissaire à la division antiterrorisme à la police fédérale et Islamologue (ULB - ULg), a donné un échantillon des différentes tendances qu’on a pu constater en travaillant sur les réseaux islamistes pendant ces 20 dernières années.
Tout d’abord, il est extrêmement difficile de catégoriser les mouvements islamistes. Mr Grignard a rappelé que l’islamisme est une lecture politique d’un texte religieux susceptible de présenter des sensibilités multiformes. Il en propose une double grille de lecture ; la première est basée sur leur projet politique et la deuxième est en rapport avec les moyens que ces mouvements s’autorisent à utiliser pour arriver à ces fins politiques. M. Grignard a donc décrit pour chaque type d’échelle deux extrêmes entre lesquels il y a une infinité de sensibilités. Il relève notamment qu’il ne faut pas automatiquement penser que les plus fondamentalistes sont les plus violents.
M. Grignard a ensuite précisé qu’une certaine tendance à la mondialisation/globalisation est un des facteurs majeurs dans l’évolution des réseaux. On peut envisager cette mondialisation sur le plan idéologique et sur le plan organisationnel.
Sur le plan idéologique, la vision politique de l’islam est relativement mondialiste dès le départ puisqu’il est question de la notion d’oumma, qui ne tient pas comte des frontières humaines. La superposition de l’idéologie islamiste sur un nombre de plus en plus important de problématiques révolutionnaires se révèle un élément très préoccupant.. Sur le plan organisationnel, M. Grignard expose alors le processus de fusion des différentes réseaux opérationnels. On avait, dans un premier temps, pu constater que la première vague de mouvements radicaux armés fonctionnaient plutôt sur un mode « islamo-nationalistes » : GIA en Algérie, groupes islamistes armés en activité ou en gestation en Tunisie, Lybie, Maroc, etc.
Dans un second temps (fin des années 90) on assiste à un regroupement des idéologues dans la zone afghane via la plaque tournante constituée par Londres. En Afghanistan, l’accueil bienveillant du régime des Talibans et la rencontre avec la mouvance du sheykh Oussama ben Laden, permettra la mise en place de structures d’accueil et d’entraînement pour tous les candidats à la lutte armée. Dans ce creuset va alors se produire une fusion de tous ces réseaux aboutissant à un mouvement global. Tous ces groupes, disséminés maintenant sur toute la planète, sont donc a présent autant susceptibles de viser des objectifs se rapportant à leurs pays d’origine (Maroc, Turquie etc.) que de s’attaquer à des ennemis « globaux » désignés par al-Qâ’ida : l’Amérique, Israël, et dans un sens plus large, tout l’Occident. Pour appuyer sa thèse, l’orateur évoque aussi brièvement l’historique des réseaux en Belgique et les place en perspective.
M. Grignard a terminé son discours en analysant plus particulièrement un certaine évolution du profil du candidat terroriste. Il constate que l’interpénétration des réseaux terroristes avec le milieu criminel est de plus en plus importante. C’est dans les prisons que les « politiques » recrutent les « spécialistes » dont ils ont besoin pour faire fonctionner les réseaux (spécialistes en faux papiers, trafic d’ armes etc.). Ce recrutement passe une fois de plus par l’instrumentalisation du religieux. On utilise des concepts qui permettent de justifier les infractions, voire même de les rendre rédemptrices. Cette perversion du religieux sera d’autant plus efficace que ceux auxquels s’adresse le discours n’ont aucune connaissance structurée de la religion en question : « C’est notamment dans les prisons d’aujourd’hui que se fabriquent les réseaux de demain… ».
CONFERENCE « Le recrutement des terroristes »
Résumé du discours de M. Felice Dassetto :
M. Dassetto (UCL) a tenté de montrer comment les réseaux terroristes s'inscrivent dans un mouvement plus large. Il évoque la question d'une marginalité sociale qui induit un certain processus d'identification. Comment expliquer le passage à la délinquance et au terrorisme?
M. Dassetto évoque la dimension de type
psychosociologique. Il y a une frustration non seulement objective, mais aussi
d'ordre symbolique. Toutefois, le fait de ne pas avoir de l'argent, du travail,
ne justifie pas l'acte terroriste. Je peux tomber dans la délinquance, mais ça
ne suffit pas pour expliquer le passage au terrorisme. En outre, il s'agit
surtout d'un combat d'hommes.
Selon l'orateur il faut aussi comprendre la deuxième dimension: le processus
de mobilisation des convictions et des ressources. Dans les analyses on prend
trop peu au sérieux la puissance des idées parce qu'on agit aussi par les
convictions. Dans le monde musulman on produit un cadre de lecture, une logique
d'action. La logique d'action du djihad signifie: "Etre djihadiste, c'est être
moine". Il faut aussi analyser la mobilisation des ressources: hommes, groupes,
finances etc. L’islam donne à chaque musulman la capacité et la légitimité
d’initiatives dans le champ religieux. Chaque musulman peut agir au nom de
l'islam.
Il souligne qu'une grande partie de la logique d'action procède bien d'une
logique de rationalité. La rationalité s'inspire à la rationalité interne à
l'islam qui est le djihad avec toutes ses dimensions.
M. Dassetto pense que l'action terroriste s'inscrit dans la compréhension d'un mouvement sociale civilisationnel. Selon M. Dassetto, Huntington ne voulait pas du tout une lutte entre des civilisations. Selon Huntignton, l’Occident ne peut plus prétendre à imposer universellement sa propre modernisation. Il mettait l'accent sur le fait qu’il y a la résurgence d'une permanence musulmane qui se demande comment elle peut inventer sa propre modernité et qui se confronte donc à la modernité occidentale.
Résoudre le problème du terrorisme n'est pas si facile. Ce n'est pas parce que la situation économique s'améliorerait, que le terrorisme disparaîtrait automatiquement. M. Dassetto est convaincu que la solution ne peut venir que de l'intérieur du monde musulman. Les musulmans européens et de l'UE ont une grande responsabilité dans la réflexion sur la question.
Résumé par Vanlauwe